
J'ai adoré ! C'est dingue comme faire de la littérature avec eux, c'est agréable ! Rien à voir avec ces nunuches de CE2 que j'avais l'année dernière ! D'ailleurs, je pense pas que j'aurais pu aller aussi loin avec eux si je le leur avais fait lire cet album...
Bref. Donc, j'ai commencé par leur donner les textes séance par séance, juste agrémentés de quelques illustrations (juste pour illustrer, d'ailleurs, rien de plus). Oui, je sais, rien de bien pédagogique, mais en même temps, faut que je puisse être avec les CP, des fois, donc faut que les CE1 bossent seuls... Ils ont déjà pas mal accroché, j'ai eu l'impression. Ils allaient souvent feuilleter l'album (j'avais pris soin de "bloquer" les dernières pages pour qu'ils ne découvrent pas tout dès le début). A la fin de la première semaine, ils avaient du lire la moitié de l'album. Je leur ai demandé de m'écrire une phrase pour me dire quelle serait la suite, d'après eux (jamais j'aurais pu faire ça l'an passé, entre parenthèse, j'aurais eu que des "ben... j'm'en fous", en gros). Là, forcément, ils m'ont tous ou presque dit qu'ils allaient devenir amis. Il n'y a qu'E. qui m'ait dit que le lapin était quand même drôlement exigeant, et qu'il aurait du mal à se trouver un ami (d'ailleurs, elle a bien fait de le dire, j'avais jamais vu ça comme ça avant qu'elle n'en parle, mais elle a tout à fait raison !)
Jeudi, ils ont eu la fin du texte, et le "Moi, je t'aime comme tu es !" du grand méchant loup. Du coup, en lecture offerte, j'ai relu l'album en entier (pour que les CP puissent en profiter aussi), et ensuite, on a discuté (pendant plus d'une demie-heure !!) de la fin de cet album. D'abord, j'ai demandé combien pensaient qu'ils devenaient amis - la moitié de la classe, en gros. Puis, on a regardé les illustrations : toujours claires pour le lapin, sombres pour le loup. L'impression que le lapin a beaucoup de choses à faire, et beaucoup de choses à partager, et celle, au contraire, de solitude et d'ennui chez le loup. Ensuite, je leur ai montré l'illustration de la 4ème de couverture.
D'abord, de près. Ils n'ont vu que le lapin, certes terrorisé, avec les gouttes de sueur qui coulent de son front, et le loup, le museau penché sur lui. Puis, j'ai reculé, et leur ai demandé de regarder le loup comme s'il n'était pas un loup. Et là, cri d'effroi de la part de la grande majorité :
- OOOOOOOOOOOOOOHHHHHHHHHH
- Oui, qu'est-ce qu'il y a ?
- Il va le manger !
- Il va le manger ? Pourquoi tu dis ça ?
- Ben le loup... C'est pas un loup, c'est un revolver !!
- C'est fait exprès, maîtresse ?
- Ben attends, on discute encore un peu, et tu me diras si c'est fait exprès ou si c'est juste une coïncidence (une co-quoi ?, auraient dit mes CE2^^)
Ensuite, je reviens à la couverture. Je demande à un des CP de dire le titre le plus vite possible plusieurs fois de suite :
- ami-ami-ami-amiamiamiamiamiam-miam-miam-miam
- Ooooooh ! Maîtresse, il dit miam-miam !
On vérifie qu'en cachant le A du début et le I de la fin, ça fait effectivement MIAM.
Et là, ça a fusé dans tous les sens, tout le monde voulait dire quelque chose, expliquer quelque chose, génial !
Les CE1 ont réclamé des feuilles pour écrire comme était la vraie fin selon eux, les CP m'ont demandé si je pouvais les aider à écrire des phrases aussi... Sont trop chou !
En tout cas, à la fin, y'avait guère plus que J. (étrange, d'ailleurs, lui j'aurais pensé le contraire) qui croyait encore dur comme fer qu'ils allaient devenir amis (ce que je n'ai pas démenti, d'ailleurs, puisque dans le texte, il n'est dit nul part que le grand méchant loup allait se faire un civet de gentil petit lapin), tous les autres avaient bien compris le message du miam et du revolver !
Le mot de la fin de B. :
"Tout est mal qui finit mal, dans cette histoire !"
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C'est par là que j'aurais du commencer, peut-être... Pas pensé, désolée.
Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire d'Ami-Ami de Rascal :
C'est l'histoire d'un gentil petit lapin, qui vit dans un petite maison blanche, tout en bas d'une vallée, et d'un grand méchant loup, qui vit dans une grande maison noire, en haut de cette même vallée. Ils ne se connaissent pas, et ni l'un ni l'autre n'a d'ami.
On apprend au fur et à mesure tout ce que fait le lapin : ce qu'il prend pour le déjeuner, ses loisirs... Et aussi ses exigeances : il voudrait que son ami, s'il en avait un, soit comme lui, qu'il soit petit, végétarien, qu'il sache jouer, dessiner, qu'il soit collectionneur. En parallèle, on apprend que le loup, s'il avait un ami, se contenterait de l'aimer immensément, avec talent, d'une amitié pas banale.
Un beau jour, les deux personnages se rencontrent. Ne sachant que faire, le lapin, terrorisé, tend le bouquet de coquelicots qu'il était en train de faire au loup. Celui-ci, ravi, lui répond que c'est la première fois qu'on lui offre des fleurs, et que donc, le lapin est son ami. Celui-là se met à crier qu'il ne veut pas de lui comme ami, parce qu'il ne doit pas être comme il le veut. Mais le loup, sourd à ses critiques, le prend par la main, et l'amène dans sa grande maison noire. Une fois à l'intérieur, il lui répond enfin : "Moi, je t'aime comme tu es !" Phrase finale dont la typographie est un peu plus grande que toutes les autres...